Mon enfant bégaie

L’année dernière au mois de novembre nous sommes partis en amoureux, direction la Thaïlande. Nous laissions pour la première fois, notre fille Camille (presque 3 ans) chez ses grands-parents 15 jours. Une séparation qui s’est très bien passée en apparence, mais qui s’est révélée être perturbante pour Camille … Elle n’arrivait plus à communiquer de manière claire à l’oral à notre retour. Ses mots étaient hachés, elle répétait les premières syllabes de ses phrases plusieurs fois et hésitait. Nous avons été déstabilisé, Camille est une enfant qui a su très vite bien parler. La voir peiner à s’exprimer était vraiment perturbant. Nous arrivions à comprendre quand même, et l’aidions à terminer sa phrase. Mais généralement l’incompréhension la mettait en colère. Nous étions, sans le savoir, devant les signes précurseurs du bégaiement. Je témoigne aujourd’hui sur le blog pour vous parler de notre parcours, mais aussi pour transmettre un message. Car le bégaiement chez l’enfant de moins de 5 ans existe…

Quand le bégaiement vient faire coucou

Cela a été mon premier réflexe. Chercher sur internet pour trouver des réponses. Les sites dédiés à l’enfance disent que dans la plupart, chez un enfant de l’âge de Camille, des hésitations normales dans le langage peuvent apparaitre. C’est un passage de l’apprentissage de la parole.

Nos proches remarquent cette « petite » difficulté dans la prise de parole de Camille, mais personne s’en inquiète. Les choses se remettent doucement en place et 15 jours après les premières hésitations de langage, plus rien.

Soulagé d’entendre Camille s’exprimer normalement, je relâche la pression. Je me dis plus de peur que de mal. Ce que je ne savais pas encore, c’est que nous étions en sursis …

Quand le bégaiement s’installe

Mon enfant bégaie, témoignage

3 mois plus tard je pars à Londres et de nouveau Camille est gardée chez ses grands-parents. À mon retour c’est la panique. Je ne comprends plus du tout ma fille. Des mots semblent vouloir sortir de sa bouche, mes les syllabes se répètent, sa respiration se bloque. J’ai l’impression d’entendre un disque rayé qui répète en boucle le mot d’une chanson. L’épisode de novembre dernier me revient en pleine face, plus violent encore. J’avais beau me concentrer pour l’écouter, l’aider à terminer ses phrases, je ne comprenais pas la moitié de ce qu’elle me racontait. C’était très déstabilisant, mon cœur de maman se serrait à chaque fois. J’avoue en avoir pleuré.

Forcément tout le monde le remarque et va de son conseil. « C’est normal » « Tu t’inquiètes pour rien » « Ça va passer ». Elle n’arrivait plus à communiquer de manière claire à l’orale. Et malgré les remarques qui se voulaient rassurantes, une phrase revenait sans cesse dans ma tête :

« Une maman ça sait, si tu penses qu’il y a un problème consulte d’urgence ! »

De jour en jour, c’est de pire en pire. Camille essaie de nous parler, on ne comprend malheureusement pas, elle se met en colère systématiquement. Elle va pleurer dans sa chambre et tourne la tête. Pire elle nous évite… Au quotidien c’est épuisant de déchiffrer le bégaiement. Il faut faire preuve de patience et de contrôle pour ne pas frustrer Camille. À ce moment précis personne ne comprenais plus rien lorsque Camille parlait. Mais rien de rien.

On en parle avec la maîtresse, qui me dit que Camille ne s’exprime plus en classe et passe beaucoup de temps seule à la récrée. Mon cœur de maman a prit un coup. Je prends la décision de demander un bilan chez un orthophoniste. Je commence à appeler des spécialistes près de chez mois, 3 mois d’attente en moyenne !! Je voyais le bégaiement de Camille s’amplifier, la fatigue s’accentuer. Pendant une semaine j’ai du appeler une trentaine d’orthophonistes (jusqu’à Nantes, Saint-Malo, Brest ). Et puis on m’a rappelé. Une orthophoniste m’a rappelé pour en savoir plus sur les raisons de ma demande de rendez-vous. Elle a tout de suite prit le cas de Camille très au sérieux. Manque de bol elle déménageait son cabinet assez loin, mais avait une collègue qui s’installait. Cette collègue pouvait prendre Camille la semaine suivante. Je prends.

Nous avons eu la chance de tomber sur une orthophoniste extra ! Qui a su nous écouter et poser un premier diagnostic. Camille était bien bègue. Elle nous explique alors les mécanisme et ce qui a pu potentiellement provoquer le bégaiement. Le premier choc émotionnel de la séparation au mois de novembre était certainement le facteur déclencheur. Les situations de surprises ou stressantes pour Camille étaient facteurs de blocages neurologiques, qui provoquaient le trouble du langage. Le bégaiement n’est en fait que la partie immergée de l’iceberg… Aujourd’hui ( 6 mois plus tard) encore nous sommes pris en charge avec cette spécialiste pour que le bégaiement ne s’installe pas.

Mon enfant bégaie, témoignage. Le bégaiement chez l'enfant

La différence entre hésitations et bégaiement.

Le bégaiement un un trouble de la parole lié au cerveau. Les hésitations sont très fréquentes et importantes et empêchent la parole en continu. Il n’y a pas de fluidité dans les phrases. Le bégaiement peut apparaître dès 2 ans, forte de cette expérience vécue avec notre fille, je recommande fortement aux parents qui sont confronter à des troubles du langage de consulter un orthophoniste. Plus l’enfant est accompagné tôt plus le bégaiement partira. Le bégaiement après 5 ans a plus de risque de persister alors n’attendez pas si vous avez un doute. Écoutez votre instinct.

Comment reconnaître le bégaiement

C’est pour moi un point très important.

  • Votre enfant répète la première syllabe du premier mot de ses phrases plusieurs fois « ma-ma-ma-maman »
  • Il devient plus silencieux en avec les autres
  • Il cligne beaucoup des yeux
  • Il retient sa respiration
  • Il a des expressions de panique quand il essaie de parler
  • DES colères lié à la difficulté de s’exprimer
  • Il allonge certains sons
  • Bloque sur des sons ou des mots

Comment réagir

Prendre rendez-vous chez un orthophoniste rapidement est le meilleur conseil que je puisse vous donner. Nous avons eu beaucoup de chance de tomber sur notre orthophoniste, qui nous a reçu rapidement. Mais il faut parfois attendre plus de 3 mois pour obtenir un rendez-vous. Des mois qui peuvent être long pour la famille, et créer des automatismes dans le bégaiement difficile par la suite à faire disparaitre. Voici ce que vous pouvez mettre en place en attendant votre rendez-vous chez un spécialiste :

  • Ne pas lui demander de répéter
  • Ne pas vouloir parler à sa place ou compléter ses phrases
  • Ne pas s’énerver ni se moquer
  • Éviter les situations de stress

L’orthodontiste nous a guidé pour contrer ce bégaiement et le diminuer dans un premier temps. Puis le faire disparaître dans un second temps.
Il fallait pour aider Camille, relâcher la pression au quotidien. Prendre le temps et limiter les contraintes. Nous sommes passés par une phase d’observation. Il fallait que nous déterminions les facteurs qui étaient sources de tensions et de stress chez Camille, pour ensuite les diminuer. Notre quotidien a clairement changé pendant cette période.


Pendant les phases d’excitations ou de colère de Camille nous devions mettre en place le « parler nourrice ». C’est à dire parler doucement et calmement, pour que Camille se cale sur notre manière de parler. Nous avions interdiction de lui dire de respirer doucement ou de se calmer. C’est nous qui devions la guider avec notre manière de parler pour laisser agir le mimétisme .


Apprendre à Camille le concept du on/off pour gérer la frustration de la non disponibilité de l’autre sans provoquer de blocage dans son langage. Quand nous étions sollicités par Camille nous devions être soit ON soit OFF ( Soit nous étions disponibles, soit nous ne l’étions pas ) .


Nous avons commencé à lui apprendre à regarder la grande aiguille des horloges pour lui montrer que le temps passe. Nous avons mis en place des timer pour qu’elle se repère dans le temps et écarter certaines frustrations qui pourraient déclencher des bégaiements.

Nous avons beaucoup parlé du bégaiement pour dédramatiser la chose. En quelques semaines nous avons vu un énorme changement. Je dirais que le bégaiement s’est effacé en 15 jours. Il y a eu des petits retours de celui-ci mais jamais très longtemps. Cela fait 6 mois que nous sommes suivis (car c’est un suivi en famille), et je croise les doigts mais nous n’avons pas eu de retour de fort bégaiement.

Quoi mettre en place : nos techniques

  • Le parler nourrice
  • Principe du on/off
  • Yoga
  • Timer
  • Les routines

Le regard des autres

Threeminds lifestyle Le bégaiement chez l'enfant

Quand votre enfant un un souci aussi visible que le bégaiement, tout le monde y va de son mot ou de son conseil. Il y a les bons et il y a aussi les mauvais. Les regard parfois portés sur Camille à ce moment là, ont été difficile à gérer. Nous avons eu les regards de pitié avec la réflexion « oh mon dieu la pauvre », les regards fuyants, des regards souriants. Souvent ce sont des comportements involontaires, bien heureusement mais difficiles.
Le bégaiement était tellement intense, que de toute manière le sujet revenait sans cesse sur le tapis.


« Elle a dit quoi là ? »

N’hésitez surtout pas en cas de doute à consulter un orthophoniste rapidement, si les difficultés de votre enfant lui nuisent au quotidien. Aujourd’hui Camille s’exprime de nouveau normalement, et je suis persuadée que si nous n’avions pas consulté elle serait encore dans son bégaiement. Le soucis d’un bégaiement non soigné, c’est qu’il devient une habitude de langage de l’enfant. Plus il s’installe, plus il est dur à faire partir. Le bégaiement chez l’enfant ( même petit ) n’est pas un trouble de langage normal dans l’acquisition de la parole comme j’ai pu l’entendre autour de moi.

À 5 ans Camille fera un autre bilan orthophoniste pour voir si ce bégaiement est bien parti, alors on croise les doigts pour qu’il ne s’installe pas. En tout cas elle se débrouille comme une chef dans la gestion de son langage et de ses émotions liés au bégaiement. Aujourd’hui cette petite particularité passe inaperçue.

6 mois après notre première consultation chez l’orthophoniste, nous ne pouvons pas encore dire que Camille n’aura plus de bégaiement. Camille a encore de signes. La spécialiste estime qu’il faut un an sans signes de bégaiements pour crier victoire. Alors on patiente et on continue notre chemin.

Gaëlle

Pour aller plus loin : Cet article

Des livres :

À lire également : L’éducation bienveillante ou pas

Le bégaiement chez l'enfant Threeminds

5 commentaires sur “Mon enfant bégaie

  1. Bonjour Gaëlle, merci pour cet article sur le bégaiement.

    Je suis également bègue et aujourd’hui à l’âge de 22 ans, malgré avoir appris quelques techniques pour la diminuer, cette petite particularité ne passe pas inaperçue. Aujourd’hui j’assume complètement ma manière de m’exprimer, mais j’admet comme tous les bègues je pense, être passée par des phase de moqueries ou je n’osais même plus prendre la parole, moi qui suis très bavarde.

    Ton message sur l’écoute des maux des enfants et la consultation est très juste. De la part d’une enfant bègue qui n’a jamais été suivi par un orthophoniste, je suis persuadée qu’il ne faut rien prendre à la légère et consulter dès le plus jeune âge pour l’aider, et qui sait, faire disparaître cette petite particularité.

    Je souhaite beaucoup de force à ta petite Camille, qui vaincra ce bégaiement j’en suis sure, car elle est très bien entourée.

    1. Merci 🙏🏻 pour ton commentaire et ton témoignage ♥️♥️
      C’est effectivement le message que je veux faire passer, de ne pas prendre à la légère ce trouble même pour les jeunes enfants .

  2. Merci beaucoup Gaëlle pour cette article de partager avec nous cette triste expérience 😔
    Vs êtes fort en tt cas 🤗 c est vrai qu il y a une fase où l enfant bégaie MS comme tu dis il faut le contré car sinon il s installe et toujours écouter son instinct de maman 😘💪

  3. Article intéressant, qui aidera sûrement plusieurs familles. Je suis orthophoniste et nous avons plus d’un an et demi d’attente dans ma région… pour le bégaiement chez les petits j’essaie de recevoir le plus vite possible pour au moins donner les 1ers conseils à la maison (que tu as bien résumés ! J’ajouterais diminuer les pressions : temporelle, éducative, et sociale… on arrête de demander à son enfant d’être poli, de se dépêcher de s’habiller, de ramener un 10/10,…) et mettre en place un suivi pour surveiller l’évolution. Camille semble entre de bonnes mains et a des chances que le bégaiement soit derrière elle 🙂

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